Les leçons de l'opération en Libye

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par Edouard Pflimlin

Edouard PfimlinLa campagne militaire en Libye contre le régime despotique et sanguinaire du colonel Mouammar Kadhafi est en train de s'achever, les derniers bastions tenus par les séides du régime honni devraient tomber assez rapidement.

Quels enseignements peut-on en tirer sur le plan militaire ?

Sur le plan politique, le fait marquant est la retenue des Etats-Unis d'Obama. Confrontés à une grave crise économique et des situations difficiles pour leurs troupes à gérer en Irak et Aghanistan, ils ont laissé le leadership des Européens pour les opérations militaires.

La crise libyenne a donc montré et confirmé une tendance qui se dessine depuis quelques temps outre-Atlantique : l'effacement progressif de l'intérêt américain vis-à-vis de l'Europe, souligne Isabelle Lasserre dans Le Figaro (Isabelle Lasserre, "L'Europe passe l'épreuve du feu", Le Figaro, 24 août 2011). Ils ont très vite mis fin à la participation de leurs avions de combat, fournissant notamment des drones et des avions-ravitailleurs.
 
La crise a aussi montré que l'Europe de la défense n'existait pas ou très peu. Seuls 6 pays européens sur 27 (Belgique, Danemark, France, Italie, Norvège et Royaume-Uni) ont participé aux frappes aériennes en Libye.

Alors qu'on parle régulièrement du couple franco-allemand, en réalité c'est le couple franco-britannique qui a été le moteur de l'intervention et leurs avions et hélicoptères ont réalisé plus de 80 % des missions. "La défense européenne est à bout de souffle" comme le titrait le quotidien suisse Le Temps,le 23 août dernier. Pour l'expert militaire Dimitry Queloz : " L'élément fondamental à retenir est l'incapacité de l'Europe de mettre en place une véritable politique de sécurité . D'une part, la haute représentante de l’Union européenne pour la politique étrangère et la sécurité, Catherine Ashton, a écarté la possibilité d’employer les maigres outils militaires de l’Union et a limité son action aux sanctions économiques et commerciales et à l’aide humanitaire. D’autre part, les principaux Etats membres ont été incapables de parler d’une seule voix." Et Queloz d’ajouter : "Cette cacophonie montre bien que l’Alliance atlantique constitue aujourd’hui, et probablement pour longtemps encore, la seule «défense européenne» crédible!


On connait les tenants et aboutissants de cette division, entre la France et le Royaume-Uni, interventionnistes, l’Allemagne, en opposition, et un large marais de pays attentistes. Mais l’autre élément non moins important relevé par Queloz est que les "opérations militaires en Libye révèlent également à quel degré de faiblesse les différentes armées européennes en sont arrivées". "La diminution des effectifs humains et matériels, commencée au lendemain de la Guerre froide et poursuivie en raison de la crise économique de 2008, a conduit à une véritable «surchauffe» dans l’emploi des moyens militaires conventionnels." La France pouvait "tout au plus déployer 30 avions", et son porte-avions "le seul existant en Europe", et le Royaume-Uni "une vingtaine d’avions de combat"… Un peu faible pour l’historien. "La faiblesse militaire de l’Europe – Union européenne et pays membres – est ainsi étalée au grand jour, au moment où les Etats-Unis sont contraints d’adopter une nouvelle position stratégique."

Un constat partagé par le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen, début septembre. Selon lui, les capacités militaires européennes sont insuffisantes dans plusieurs domaines : "Si nous n'avons pas eu de difficulté pour les avions d'attaque au sol, estime Rasmussen, nous avons manqué de haute technologie de capacités de renseignements. L'Europe en est largement dépourvue, ce sont les Etats-Unis qui les possèdent". Autre souci : les appareils de transport. "Nous avons en Europe davantage de soldats que les forces américaines, mais nous ne pouvons pas les bouger", regrette le secrétaire général. Le message est le suivant : il veut que les budgets militaires croissent. Ce qui n'est guère dans l'air du temps, souligne Jean Guisnel dans Le Point («Les leçons de la guerre en Libye, Le 8 septembre 2011, Le Point)..

L'opération en Libye, pour laquelle les Européens, ont dû se reposer sur des moyens américains pour certaines missions, a donc mis à jour les besoins dans certains secteurs, notamment en matière de munitions de précision, de reconnaissance et de surveillance – voir l'importance des drones d'observation américain, et de ravitaillement. Sur les drones, le général Vincent Tesnière, n°2 de l'état-major multinational de l'OTAN à Poggio Renatico (Italie) a insisté sur "le rôle déterminants des drones armés" dans la campagne de Libye, conduite depuis cet état-major. "C'est une capacité absolument fondamentale, insiste l'officier qui estime que si l'on avait eu 30 ou 40 drones armés, on aurait fait ce qu'il fallait faire", rapporte le blog de référence sur les questions militaires, « Secret défense » de Jean-Dominique Merchet. En clair, on aurait quasiment pu se passer d'avions pilotés. Mais seuls les Etats-Unis ont déployé quelques drones... Sans eux, la guerre aurait été beaucoup plus compliquée à mener.

Il reste que : "la campagne libyenne a montré que l'Europe, menée par deux pays leaders, était capable de mener une action militaire d'envergure", souligne Isabelle Lasserre. Le couple franco-britannique a tenu souligne, Nicolas Gros-Verheyde dans son blog Bruxelles 2, spécialisé sur les questions liées à l'Europe de la défense. "Il démontre mieux que n'importe quel exercice dans des champs de betterave, que les deux armés peuvent sinon agir ensemble du moins de concert ou côte à côte."

Et, point positif, ces missions se sont déroulées sans anicroches. 5 mois d'opérations quotidiennes n'ont entraîné aucune perte du côté de nos forces, alors que plus de 2 000 cibles militaires libyennes ont été détruites... La campagne a aussi été marquée sur le plan du matériel par les performances du chasseur polyvalent français Rafale.

Néanmoins, on l'a vu, il y a des problèmes de capacités miitaire.

Besoins de coopération européenne accrue

Pour Queloz, c’est clair : "La crise libyenne montre donc, une fois de plus, la nécessité de disposer de moyens de guerre classique en quantité suffisante." Et "L’Europe ne pourra donc plus se réfugier systématiquement derrière la puissance militaire américaine et sera contrainte de prendre davantage en main sa sécurité (…). Cette prise en charge devra s’accompagner d’une augmentation des moyens militaires conventionnels, donc des dépenses d’armement, si elle veut réellement être crédible. La crise économique, sans doute durable, qui secoue l’Europe en ce moment risque cependant de rendre cet effort très difficile."

A la suite de ces opérations en Libye, les Européens pourraient ou devraient décider d'étendre leur coopération militaire afin de mutualiser certains moyens, a affirmé lundi 19 septembre la directrice exécutive de l'Agence européenne de défense (AED), la Française Claude-France Arnaould.

Dans des domaines l'AED a un rôle à jouer.

Mais il n'est pas certain que l'Europe de la défense va connaître une nouvelle impulsion. Il y a là une divegence de fond entre la France et le Royaume-Uni. Et le ministre des affaires étrangères britannique William Hague a opposé lundi 18 juillet le refus définitif de son pays à un concept de quartier général permanent de l'Union européenne, soutenu en particulier depuis des années par la France. "Il est très clair que le Royaume-Uni ne donnera son accord à un QG permanent de l'UE ni maintenant, ni à l'avenir", a-t-il déclaré à l'issue d'une réunion avec ses collègues de l'UE à Bruxelles, qualifiant cette position de "ligne rouge" pour son pays.

La raison de ce refus est qu'un tel QG "ferait double emploi avec les structures de l'OTAN" et que "ce serait une solution très coûteuse", a-t-il affirmé.

Le chemin vers l'Europe de la défense renforcée est tenue et sinueux.
Edouard Pflimlin est journaliste et chercheur associé à l'IRIS.

Il est l'auteur d'une note de la Fondation Robert Schuman : « Vers l'autonomie des capacités militaires de l'Union européenne ? », parue en 2006.

Se la procurer : http://www.robert-schuman.eu/doc/notes/notes-33-fr.pdf



Edouard Pflimlin est journaliste et chercheur associé à l'IRIS.

Il est l'auteur d'une note de la Fondation Robert Schuman : « Vers l'autonomie des capacités militaires de l'Union européenne ? », parue en 2006.

Se la procurer : http://www.robert-schuman.eu/doc/notes/notes-33-fr.pdf
Mise à jour le Mardi, 27 Septembre 2011 09:19  

Chroniques

Usine Renault au Maroc : un exemple de « Co-localisation » ?

Par Ahmed AZIRAR
L’inauguration de l’usine Renault de Tanger ce jeudi 9 Février intervient dans un contexte particulier. Côté français, elle intervient dans un environnement de crise  exacerbée  et de débat électoraliste animé en France au sujet de la relocalisation et du « produire national », du protectionnisme et  de la dé-mondialisation. Côté marocain, l’on se réjouit de cet investissement stratégique, et l’on veut affirmer sa vocation à servir à la fois les intérêts du royaume et ceux de la France.
Finalement, le groupe automobile Renault confirme bel et bien son engagement  industriel au  Maroc. Non sans raisons. Il conforte sa présence commerciale et industrielle (SOMACA), et inaugure une usine qui devrait vite devenir une unité  pilote du groupe  tant par ses volumes fabriqués que par sa rentabilité ou ses choix environnementaux, notamment en matière de forte diminution des consommations d’eau et des rejets de CO2.

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Avis de tempête dans le Golfe

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Le retrait américain d’Irak à la fin du mois de décembre dernier a radicalement changé la donne dans la région la plus fragile et la plus stratégique du monde : le Golfe. Arabique, pour les uns, Persique pour les autres, il est pour l’ensemble de l’économie mondiale assoiffée de pétrole une véritable veine jugulaire. Les Etats-Unis et leurs alliés, notamment l’Arabie Saoudite, le Qatar et Bahreïn, y sont engagés depuis plus de 30 ans dans un périlleux bras de fer avec la République islamique d’Iran. Les mois qui viennent seront décisifs, et les risques sont réels que cette confrontation de basse intensité ne se transforme en un véritable conflit, comme aux pires moments de la guerre entre l’Irak et l’Iran.

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Les enjeux géopolitiques de la révolution syrienne

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Plus de huit mois de soulèvement populaire en Syrie, plus de quatre mille morts, des milliers de blessés et de disparus, d’innombrables arrestations et des réfugiés dans les pays limitrophes. Les pressions et les sanctions se multiplient. D’autres s’annoncent tous les jours de la part des puissances occidentales et arabes. Les protestataires continuent de défier le régime du président Bachar ALASSAD. Mais ce dernier tient encore solidement en mains les commandes de l’appareil répressif, et paraît loin de faire des concessions démocratiques fondamentales au peuple syrien.

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« Il faut voir dans [les révolutions arabes] une chance formidable de refonder la relation euro-méditerranée
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 Entretien avec Jean-Pierre Filiu, Professeur à Sciences Po (Paris) réalisé le 14 novembre par la Fondation Robert Schuman à l'occasion de la parution chez Fayard de son livre "La révolutions arabe : dix leçons sur le soulèvement démocratique".

 1) Votre livre représente sans doute la première tentative d’interprétation systématique des révolutions démocratiques qui sont en train de bouleverser le monde arabe. Quelle est, selon vous, la signification d’un tel événement

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Fragments de carnets de Beyrouth, revus et corrigés.
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Du 31 octobre au 4 novembre, je me suis rendu à Beyrouth. Invité par le Salon du livre francophone j’ai présenté mes réflexions, et celle du parti socialiste, sur un projet politique francophone...J’en ai profité pour rencontrer les partis politiques représentés au Parlement libanais et, enfin, aider nos candidats pour la 10ème circonscription des français de l’étranger. Et découvrir un pays absolument singulier et fascinant... Ces fragments de carnets ont été, pour l’essentiel, publiés sur facebook. Mais tout le monde n’est pas sur facebook ; de plus, un peu de recul me permet de relire et de compléter. Bonne lecture...
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Le nouveau Maghreb : pour un programme ambitieux de coopération
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Les espoirs nés des révolutions qui ont mis à bas des régimes brutaux et corrompus ne doivent pas être déçus ou venir s’échouer sur les rives paisibles de la Méditerranée comme si rien ne s’était passé.

Lorsque des peuples ont vécu des dizaines d’années sous l’oppression, les réflexes démocratiques n’existent pas et le risque est souvent que d’anciennes pratiques demeurent. En fin de compte, il ne faudrait pas que les nouveaux régimes qui se mettent en place, au nom de certaines habitudes de gouvernance, renoncent à court ou moyen terme à instaurer un véritable régime démocratique à l’occidentale. Ainsi, des élections au suffrage universel, moyennant le temps nécessaire à la mise en place de ces élections, devraient avoir lieu le plus rapidement possible, débouchant, si possible, sur une assemblée constituante chargée d’élaborer de nouvelles constitutions prévoyant un régime où les pouvoirs seraient équilibrés.
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Le printemps arabe, un hiver pour les noirs africains ?
Par Pouria AMIRSHAHI
Depuis plusieurs mois, nous avons pu assister à des assassinats de noirs africains présentés comme des mercenaires. Ces atrocités épouvantables ne renvoient pourtant pas à la seule situation de guerre et ne sauraient, de ce fait, être considérées comme une parenthèse qui se refermera d’elle-même. Par le passé déjà, des massacres de noirs africains ont eu lieu en Libye. Il n’était alors pourtant pas question de mercenaires.
En septembre et octobre 2000, des pogroms contre les travailleurs immigrants furent perpétrés en Libye et 130 à 500 Africains sub-sahariens furent tués à Zawiya, lynchés dans des conditions particulièrement atroces puisque certains d’entre eux furent attachés et trainés derrière des voitures jusqu’à ce que mort s’en suive. D’autres furent arrêtés à Tripoli et déportés dans le désert. Pour fuir la persécution, des milliers de travailleurs venus du Niger, du Mali, du Nigeria et du Ghana, du Tchad et du Soudan, s’enfuirent vers le sud de la Libye. Nombreux sont ceux qui furent arrêtés sur les routes du Sahara par le régime de Kadhafi et transportés dans des camps militaires libyens et des prisons à Janzoura, en banlieue de Tripoli, à Sabha, à Aghate où ils furent maltraités. D’après certains observateurs refugiés en France, beaucoup y seraient toujours injustement détenus.
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